Campagne électorale 2018

Des tags antisémites visent des candidats juifs

Mardi 9 octobre 2018 par Géraldine Kamps

Accolée sur le garage d’une habitation de la rue Everard, à Forest, l'affiche électorale de Marc Loewenstein a été prise pour cible ce samedi après-midi, la tête de liste DéFI se voyant affublée d’une mèche « à la Hitler » et d’une petite moustache, en référence à ses origines juives. Un acte inacceptable que condamne avec la plus grande fermeté le CCLJ.

« Cela me touche bien sûr », nous confiait Marc Loewenstein, bien placé pour connaitre lui-même l’évolution des actes antisémites puisqu’il coordonne depuis plusieurs années le site de vigilance antisemitisme.be « Ces dessins peuvent sembler anecdotiques pour certains, mais cela montre que tous les moyens sont bons pour diviser. Il est clair que si j’ai été pris pour cible ici, ce n’est pas parce que je m’appelle Dupont. Même si ce genre de caricatures révèle souvent aussi malheureusement un manque d’arguments ».

Le député bruxellois et échevin avait déjà été victime d’insultes antisémites en 2011, alors qu’il était conseiller communal. « J’avais lancé une pétition contre les nuisances sonores de la salle de concert de Forest National, et quelqu’un m’a renvoyé en retour : "Je ne signerai pas, votre nom me dérange". C’était bien sûr anonyme, mais j’ai tout de même porté plainte ».

Marc Loewenstein ne semble pas être le premier à faire les frais de ses origines, puisque d’autres candidats juifs ont également été victimes d’attaques antisémites pendant cette campagne électorale. C’est le cas de Jacques Brotchi (MR) à Uccle, lui aussi affublé d’une petite moustache, et de Stéphanie Koplowicz (tête de liste PTB) à Forest, qui a retrouvé une croix gammée sur l’un de ses portraits. « On peut difficilement mettre cela sur le même pied qu’un candidat auquel on aurait juste ajouté des cheveux ou une barbe », souligne Marc Loewenstein.

Il semble qu'au sein même des partis, certains pour éliminer de possibles rivaux n’hésitent pas à mentionner l’origine juive d'autres candidats pour les discréditer, comme a pu en faire la triste expérience Roland Douhard, sur une liste DéfI à Liège. Sans réaction à l’égard des intéressés, après en avoir pourtant référé aux instances du parti, le candidat a finalement préféré se retirer…

« Mieux vaut dénoncer sans punir, que de perdre »

Pour Marc Loewenstein, les sanctions actuelles pour contrer l’antisémitisme sont insuffisantes, d’autant plus que les plaintes ne sont recevables que si l’incitation à la haine peut être démontrée. « La marge entre la liberté d’opinion et le délit est très faible », déplore celui pour qui Facebook et Internet dans son ensemble constituent aujourd’hui un énorme enjeu. « Les auteurs s’expriment parfois de leur vrai nom et sont bien plus identifiables, les poursuites devraient donc être plus faciles », relève encore Marc Loewenstein. « En dehors du simple retrait des publications incriminées, je n’ai pourtant pas le souvenir d’une quelconque condamnation ».

Régulièrement en contact avec Unia pour gérer les plaintes, le coordinateur du site antisemitisme.be sait aussi que perdre un procès en matière de lutte contre l’antisémitisme serait la plus grande délégitimation. « Il vaut mieux dénoncer sans punir, que de perdre dans une procédure judiciaire de ce type, le message serait pire », observe-t-il.

Reste que les peines fixées -quand il y a condamnation- sont souvent commuées en travail d’intérêt général, avec la question de leur efficacité sur les auteurs, comme on a pu s’en rendre compte avec Laurent Louis, condamné à devoir visiter des camps de concentration et à en rendre compte sur son blog… Actuellement, une majorité de plaintes sont classées sans suite, faute de moyens. « Il ne suffit pas que le législatif prenne mieux en compte la réalité d’internet, il faut que la Justice suive. Et qu’il y ait la volonté politique ».


 
 

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