Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Lorsque l'ex-otage évoque "Mon ptit Didier", Nemmouche sourit

Jeudi 7 Février 2019 par Géraldine Kamps

Le nombre de médias français présents devant la Cour d’assises ce jeudi 7 février confirme à quel point les auditions des ex-otages français en Syrie étaient attendues. Un témoignage reconnaissant de façon formelle Abou Omar, leur geôlier, et Mehdi Nemmouche comme la même personne, tout en révélant les traits de caractère bien particuliers du principal accusé de la tuerie du Musée juif.

Mehdi Nemmouche s'entretenant avec ses avocats

D’après son père présent dans la salle, le journaliste Nicolas Henin, 43 ans, n’avait jamais autant parlé de sa détention comme otage avant ce jeudi matin, interrogé devant la Cour d’assises de Bruxelles. Comme son compatriote Didier François, 58 ans, journaliste aussi, il était confronté pour la première fois depuis son enlèvement en Syrie à l’été 2013 à Mehdi Nemmouche, celui qu’ils identifient comme leur geôlier Abou Omar. Les deux autres journalistes enlevés avec eux auront finalement préféré ne pas venir témoigner.

Les deux Français n’iront pas par quatre chemins pour expliquer et détailler les conditions de leur détention, lors de laquelle ils ont rencontré Abou Omar, « le bras armé » de l’équipe, « à qui l’on donnait l’ordre de donner les coups », affirment-ils. « Mehdi Nemmouche nous prenait après les interrogatoires », souligne Didier François, qui se souvient de plusieurs épisodes très violents, comme celui de la tenaille pour couper les ongles ou cette quarantaine de coups portés sur sa tête parce qu’il ne sait pas répondre à une question qu’on lui pose.

Pour les deux journalistes, la troisième tournée de la journée aux toilettes, celle du soir, effectuée par des djihadistes européens, était la plus violente. Alors qu’ils se retrouvent tête baissée et yeux bandés, à la queue leu leu, sur les 30 mètres du couloir, Mehdi Nemmouche y voit de nouvelles occasions de démontrer sa force avant de ramener les otages dans la cellule qu’ils occupent, en face de la salle de torture.

Un mode de domination calculé pour que les otages ne sachent jamais d’où viendra le prochain coup, ceux qui donnent un verre d’eau pouvant la fois suivante envoyer une claque. « Nous avons eu parfois des délires ensemble, avec Mehdi Nemmouche », confie Didier François. « Il m’a dit que je ressemblais à un saumon dans ma combinaison orange, j’avoue, j’ai ri », se souvient celui qui perdra tout de même 30 kilos pendant ses dix mois de détention. A son évocation de « Mon ptit Didier », façon familière dont usait Mehdi Nemmouche pour appeler l’ex-otage, l’accusé dans son box ne pourra laisser échapper un sourire. « Vous voyez, ça le fait même sourire ! », pointera Didier François, suscitant de vives réactions dans le public. Certains se lèvent pour mieux voir le suspect, tandis qu’un homme, visiblement très affecté, quitte la salle en larmes.

« Il nous avait dit que nous serions témoins à son procès d’assises »

Les ex-otages préciseront encore que leur objectif en détention était de tenir, malgré tout, en cherchant à comprendre, comme une réaction de survie. Un instinct qui les poussera à chaque instant à tenter d’identifier leurs tortionnaires, à les affubler bien souvent d’un petit nom grotesque, pour prendre de la distance.

Après l’arrestation de Mehdi Nemmouche à Marseille, Nicolas Henin avait lui-même demandé s’il était possible de l’avoir croisé en Syrie sous le nom d’Abou Omar. Une interrogation qui avait conduit les enquêteurs à le rappeler très rapidement et à lui soumettre la vidéo de revendication retrouvée sur l’ordinateur de l’intéressé. La reconnaissance de la voix sera formelle, « par son phrasé si particulier, exactement la même façon qu’il avait de nous raconter les histoires en cellule », témoignait ce matin Didier François.

« Il nous avait d’ailleurs dit en Syrie que nous serions ses témoins à son procès d’assises », souligne Nicolas Henin qui décrit la personnalité de Mehdi Nemmouche comme « atypique », avec ces trois caractéristiques : « sadique » (rempli de haine anti-juive et anti-chiites), « joueur » (se présentant dans leur cellule avec un sabre quand ce n’est pas une kalachnikov et annonçant qu’il va les décapiter avant de repartir en riant, mais aussi au sens théâtral, imitant Christophe Hondelatte en relevant le col de sa chemise et en fredonnant le générique de « Faites entrer l’accusé » !) et « narcissique » (« il était visiblement ravi d’avoir quatre journalistes dans son aventure syrienne et rêvait de devenir un modèle »).

Aux ex-otages, Mehdi Nemmouche parlera de Mohamed Merah comme du « plus grand homme que la France ait connu », partageant son désir de « fumer une petite israélite de 4 ans ». C’est aussi par la lâcheté du personnage que les deux Français disent avoir été marqués : « Il nous frappait quand nous avions les yeux bandés », relève Nicolas Henin. « De la même façon, il était facile de rentrer dans un Musée juif et de tuer des personnes qui ne s’attendent pas à se retrouver face à un ennemi… ».

A la question de la présidente sur son silence, Didier François répond : « En dire le moins possible est peut-être une façon d’avoir une peine moins lourde, pour repasser à l’action au plus vite. Peut-être qu’il ne veut pas aussi qu’on reconnaisse sa voix ». « J’y vois une autre preuve de sa lâcheté », poursuivra Nicolas Henin, « pour semer la confusion dans les esprits. Je reconnais là Abou Omar ». « Abou Omar est-il la personne qui se trouve dans le box des accusés ? » « Il n’y a aucun doute là-dessus », répondront d’une voix les deux journalistes. Quand on demande à Mehdi Nemmouche s’il connaît ces deux personnes, il ne vacille pas : « Je n’ai toujours aucune réponse à formuler à ce stade du procès ».

« C'était étrange de revoir Mehdi Nemmouche », observera Didier François en sortant du tribunal. « Mais je préfère le voir avec les menottes, plutôt qu'en face de moi avec une matraque. J'ai été entre ses pattes pendant quatre mois, j'ai eu largement le temps de réaliser : de un, sa dangerosité, quelqu'un d'extrêmement déterminé. De deux, pendant l'ensemble de la détention, il a toujours fait preuve d'un antisémitisme virulent et d'une volonté de s'attaquer à la communauté juive. Je crois qu'il y avait une sorte de préméditation ».


 
 

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