Humeur de Joël Kotek

De l'islamo-gauchisme à l'islamo-fascisme

Mardi 12 mars 2019 par Joël Kotek, Directeur de publication de Regards
Publié dans Regards n°1039

Qui oserait encore nier le lien patent entre l’antisémitisme classique et l’antisionisme radical ? Qui, à part ce quarteron de Juifs antisionistes, évidemment hyper médiatisés par nos élites médiatiques et universitaires aux paupières décidément lourdes ? Les récents événements et incidents antisémites de ces dernières semaines révèlent pourtant au grand jour les véritables convergences vertes-rouges-brunes de Paris à Washington, en passant par Bruxelles.

A Paris, les manifestations de haine à l’égard des Juifs ne cessent de s’amplifier. 50% des attaques racistes visent désormais les Juifs de France qui ne comptent pourtant que pour 1% de la population totale française. N’en déplaise à Edwy Plenel -exemple parmi tant d’autres de ce gauchisme culturel qui triomphe dans nos médias-, les nouveaux Juifs ne sont pas les musulmans, mais, hélas, encore et toujours ces mêmes… Juifs. Pour preuve de cette peste antisémite : ces « Juden » tagués sur des vitrines de restaurants (supposés) juifs, ces croix gammées qui ont profané des portraits de Simone Veil, cet arbre planté à la mémoire d’Ilan Halimi, scié, ces cris de haine de gilets jaunes à l’adresse du philosophe Alain Finkielkraut, le 15 février dernier : « La France est à nous », « Rentre chez toi en Israël », « Sale race », « Grosse merde sioniste », « Nous sommes le peuple », « Nous sommes le peuple français », « Palestine ». « Sale sioniste de merde », « Facho », « A Tel-Aviv à Tel-Aviv », « T’es un haineux. Tu vas mourir ! ». Le plus étonnant est que rien dans les prises de position de l’Académicien français ne l’aurait laissé présager, n’était précisément sa qualité de Juif (supposé) sioniste. Alain Finkielkraut est, en effet, non seulement un sioniste modéré (signataire de J Call, donc partisan d’un Etat palestinien), mais un défenseur obstiné, désespéré de l’identité française ; d’où son soutien initial au mouvement des gilets jaunes. Plus que jamais et, pour paraphraser Léopold Sédar Senghor, les antisémites sont bien et avant tout des gens qui se trompent de colère.

Depuis le 12e siècle, en effet, dans la foulée des croisades, les Juifs se sont retrouvés périodiquement désignés comme les responsables des crises et ce, tant par les puissants (antisémitisme d’en haut, politique et religieux) que par les exclus du système (antisémitisme d’en bas, populaire et social). Ces deux courants qui ont donné naissance, ici, à l’antisémitisme conservateur, là, progressiste culminent aujourd’hui, associés à l’antisémitisme arabo-musulman, dans l’antisionisme radical. Pour preuve les slogans totalement contradictoires à l’adresse du philosophe français où se mêlent, confusionnisme imbécile oblige, haine des Juifs traditionnelle (« Rentre chez toi à Tel-Aviv », « Nous sommes le peuple français ») et antisionisme radical (« Sale sioniste de merde », « Facho », « Palestine »).

Le Juif est appelé à devoir disparaître pour n’avoir nulle place à vivre, pas plus en diaspora (antisémitisme traditionnel) qu’en Israël (antisionisme radical). L’antisémitisme à cette plasticité inégalée d’agglomérer dans un même élan des mouvements hétéroclites, apparemment antagonistes, sauf lorsqu’il s’agit de s’en prendre aux Juifs, certes maquillés en sales sionistes. Ainsi de cet hommage de François Ruffin, l’une des icônes du mouvement La France insoumise, à Etienne Chouard, ce très médiatique copain d’Alain Soral qui se plait à dénoncer pêle-mêle la banque et le colonialisme guerrier du sionisme, et invité par l’ULB le 17 mars prochain pour parler des gilets jaunes, de démocratie et d’Europe.

Ainsi encore de ce soutien assumé, début février, du négationniste américain David Duke à Ilhan Omar, la toute nouvelle Représentante démocrate au Congrès. Cet espoir du Parti démocrate de confession musulmane a cru bon -avant de s’en excuser publiquement- d’accuser les sionistes américains de contrôler financièrement le Congrès américain. David Duke, l’ex-« Grand Sorcier » du Ku Klux Klan, n’en demandait pas autant ! Manifestement lorsqu’il s’agit de dénigrer les Juifs, avec ou sans habillage antisioniste, les islamo-gauchistes et les islamo-néo-nazis partagent la même rhétorique que leurs frères islamistes. L’antisémitisme a cette capacité de réunir des individus a priori politiquement divisés et en désaccord sur à peu près tout. Que pèse, en réalité, le lobby sioniste à Washington ? En termes de dépenses, il ne figure même pas dans la liste des 50 lobbies les plus influents du Congrès. C’est dire l’ampleur et l’absurdité du mythe des Juifs maîtres de la politique étrangère américaine.

Pour ne pas trop s’attarder sur des cas étrangers, le procès Nemmouche est là aussi pour nous rappeler que notre beau plat pays n’est pas étranger à cette nouvelle judéophobie. Ici aussi règne le confusionnisme antisémite. L’extrême gauche, mais aussi l’extrême droite ont depuis longtemps choisi leur camp, celui du soutien passionné de la Palestine et ce, à l’instar de l’ex-député Laurent Louis ou encore du chrétien intégriste Alain Escada. En Belgique aussi, les connivences vertes-rouge-brunes sont patentes. Sébastien Courtoy et Henri Laquay, les deux avocats belges de l’auteur « présumé » de l’attentat au Musée juif de Belgique figurent parmi les récipiendaires de la Quenelle d’or (2012), et ce, aux côtés de Thierry Meyssan, Hervé Ryssen, Jacob Cohen, Souhail Chichah, Robert Faurisson, Alain Soral, Laurent Louis et l’ex-président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Pas étonnant qu’ils ne soient pas payés. Quand on aime, on ne compte pas.


 

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  • Par Jean-Pierre Cho... - 12/03/2019 - 17:41

    Bravo ! Cet article correspond à ce que certains n’ossent plus dire, ni même écrire !
    Personnellement, je ne veux pas faire partie de cette démission !

  • Par Brichaux marc - 16/03/2019 - 18:24

    Très bon article de Joël
    Il a le courage et l intelligence de nommer les choses comme elles doivent l être
    La gauche doit réagir et arrêter son angélisme en la matière
    Merci Joël pour cet article sans concession