Nouvelle génération

David Ramet "La Cour d'assises transformée en tribunal médiatique!"

Mardi 5 mars 2019 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1039

David Ramet figurait parmi les avocats des parties civiles au procès de l’attentat du Musée juif, défendant les intérêts de la famille Riva. Petit-fils de Natan Ramet et de Roger Lallemand, ce civiliste qui plaide aussi au pénal et enseigne le droit à l’université n’hésite pas à se positionner dans les débats qui occupent aujourd’hui la Justice.

Aîné d’une fratrie de deux garçons, David Ramet est né à Bruxelles en 1984, au sein d’une famille juive anversoise, « traditionnelle, mais non religieuse », côté paternel, à moitié juive et tout à fait laïque côté maternel. « J’ai été élevé dans cette dualité », souligne-t-il. Le jeune garçon ne fréquente la synagogue d’Anvers qu’à l’occasion de Rosh Hashana et Pessah, et celle de Bruxelles à Kippour. C’est d’ailleurs à La Régence qu’il célébrera sa bar-mitzva. Scolarisé à l’école Beth Aviv en primaires, David fréquente la JJL parce qu’elle correspond aux convictions familiales. Sans en être pour autant le plus assidu, c’est dans ce mouvement de jeunesse qu’il rencontrera sa future femme ! David poursuit ses secondaires à l’athénée Uccle 1, en accord avec ses parents qui choisissent une école non confessionnelle pour la suite de ses études. « J’appartiens au peuple juif malgré moi », relève Damid Ramet, qui adhère à la conception sartrienne avançant que c’est l’autre qui crée le Juif. « Areligieux, tout à fait athée, cette identité n’en fait pas moins intimement partie de ma personnalité », insiste-t-il.

Très proche de ses grands-parents, il a hérité côté maternel de cette laïcité très profonde qui constituait le socle de leurs valeurs. Avocat, brillant intellectuel, homme politique socialiste aux engagements humanistes, et pour finir « Mensch de l’année 2000 » du CCLJ, Roger Lallemand a été le père de la loi sur la dépénalisation partielle de l’avortement, multipliant les combats de défense des droits de l’homme. « J’ai été baigné dans ses combats liés à la laïcité et à l’autonomie de la personne (le fait de pouvoir décider de sa mort, de pouvoir avorter…) qui m’ont profondément marqué », note David Ramet, qui optera lui aussi pour la carrière d’avocat. Côté paternel, son grand-père Natan Ramet, « Mensch de l’année 1998 », lui transmettra avant tout le sens de la résilience, « fondateur », affirme son petit-fils. « Malgré les camps, il disait toujours qu’il avait eu une belle vie ! Le genre de parcours qui vous fait relativiser et vous dire que vous n’avez pas le droit de vous plaindre ».

« Il faut pouvoir garder une distance »

David Ramet se spécialise en droit commercial, avec une pointe de pénal. Il continue d’ailleurs de plaider quatre à cinq fois par an pour garder les réflexes de pénaliste. « Cela me permet de faire autre chose, les règles de procédure sont tout de même très différentes. On se bat sur les faits au pénal, alors qu’au civil, on se bat plutôt sur le droit », explique-t-il. Engagé deux ans après le décès de son grand-père par le cabinet Lallemand-Legros que Roger Lallemand avait créé avec Pierre Legros, David Ramet enseigne également à la Haute école Francisco Ferrer, comme professeur de droit aérien, et depuis la dernière rentrée comme assistant en droit civil à l’ULB. « Roger était très content que je suive sa voie, il reste mon modèle et on me dit souvent que j’ai ses mimiques », sourit-il. « Il voulait toujours être extrêmement droit et rigoureux avec ce qu’on dit pour qu’on ne puisse rien lui reprocher ensuite. Je suis peut-être plus spontané, mais j’essaie de m’y tenir à ses principes ». 

Dans le cadre du procès de Mehdi Nemmouche, lors duquel il défendait avec son cabinet les deux filles du couple Riva, David Ramet a tenu, comme dans toutes ses affaires, à s’extraire de ses opinions personnelles. « L’avocat est l’intermédiaire entre la partie et le juge pour que la partie puisse s’exprimer au travers d’une personne dépassionnée », précise-t-il. « Il faut pouvoir garder une distance, c’est pour cela qu’on porte une robe neutre qui “anonymise” notre personnalité et nous rend interchangeables. Les Riva ont été assassinés sauva-gement et injustement, je n’étais pas là pour défendre un message, mais bien leurs enfants ». Dans le même ordre d’idées, David Ramet s’est prononcé récemment contre le port des signes religieux chez les avocats, et notamment du voile, l’avocat devant rester selon lui « indépendant » de ses croyances et convictions pour pouvoir représenter les intérêts de son client.

Quant au débat qui touche régulièrement la Cour d’assises et son jury populaire, l’avis de David Ramet est là aussi bien tranché : « Imaginerait-on se faire opérer pour un pontage cardiaque par un juré ? Bien sûr que non ! C’est la même chose. Les aspects techniques, ici aussi, doivent être respectés. La Cour d’assises se voit transformée en un tribunal médiatique utilisé par certains avocats comme une tribune qui s’éloigne fortement du dossier, comme qu’on a pu le voir dans le procès de Mehdi Nemmouche, avec des répercussions dramatiques sur l’opinion publique. Ce procès laissera immanquablement des traces... ».  


 
 

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