Le Consistoire centrale israélite de Belgique fête ses 200 ans

Mardi 4 mars 2008 par Roland Baumann

 

Le 17 mars 2008, l’institution consistoriale célébrera ses 200 ans d’existence. Une excellente publication (illustrée avec talent par le photographe Georges De Kinder) et deux colloques présenteront au grand public l’histoire et les fonctions actuelles d’une structure fondée par Napoléon.

L’Etat belge reconnaît le culte israélite dans notre pays par un arrêté royal du 21 mai 1832. Cette reconnaissance a pour base juridique l'un des décrets napoléoniens du 17 mars 1808. Les communautés juives du pays dépendent en effet depuis cette date d’un organisme centralisé, nommé Consistoire sous l’Empire, puis Synagogue principale de 1815 à 1830. Les consistoires sont créés par Napoléon à la suite du Grand Sanhédrin chargé de définir les conditions de la bonne intégration des Juifs, émancipés en 1791 suite à la Révolution. Gardiens du judaïsme, décrété « religion officielle de France » par l’Empereur, les consistoires structurent la vie communautaire juive. Jadis autonomes, le rabbinat et les structures communautaires deviennent des institutions nationales. Chaque région de France comptant au moins 2.000 Juifs forme un district avec son consistoire, dirigé par deux rabbins et deux « laïcs » (personnes non reconnues comme rabbins). Un consistoire central, siégeant à Paris, contrôle tous les consistoires du pays et un Grand Rabbin est désigné à la tête des communautés israélites. Ce système consistorial est vite étendu aux pays conquis par la France, dont la Belgique. Comme l’évoque l’historien Jean-Philippe Schreiber, le Royaume de Belgique vient à peine de conquérir son indépendance quand un groupe de notables, en majorité originaires d’Allemagne, s’inspirant de l’institution créée par Napoléon et perpétuée à l’époque hollandaise, fondent le Consis-toire Central Israélite de Belgique (CCIB). La communauté juive trouve ainsi d’emblée sa place au sein des institutions du nouvel Etat dont la Constitution garantit l’égalité des citoyens devant la loi, la liberté de l’enseignement et l’égalité des cultes. Représentant du judaïsme belge, interlocuteur des autorités nationales en matière de gestion du culte israélite et autorité spirituelle des communautés religieuses reconnues, le Consistoire est à la fois l’organe central du judaïsme belge, sa vitrine et son porte-voix. Il sera le plus souvent dirigé par de grands bourgeois, bien intégrés dans la société belge et ardents défenseurs des intérêts religieux fondamentaux du judaïsme. En application de la loi du 4 mars 1870 sur le « temporel des cultes », qui règle les droits et les devoirs des cultes reconnus, l’A.R. du 23 février 1871 confirme l’existence de conseils d’administration auprès des cinq « synagogues », ou communautés, existant à l’époque (Bruxelles, Anvers, Gand, Liège et Arlon) sous le contrôle du Consistoire. Un arrêté royal du 7 février 1876 détaille la composition et l’élection au scrutin secret des membres des conseils d’administration de ces « synagogues ». Chacune de ces communautés délègue un ou plusieurs de ses membres pour la représenter au Consistoire. Ils forment l’Assemblée consistoriale, qui se réunit plusieurs fois par an. L’Etat belge prend en charge les traitements et pensions des ministres du culte israélite, conformément aux dispositions de la Constitution. Jean-Philippe Schreiber précise : « La continuité affichée par le Consistoire dans la recherche de l’équilibre entre des tendances et des mentalités divergentes n’exclut toutefois pas les paradoxes. On peut ainsi constater que le Consistoire fut extrêmement libéral en religion entre sa création et 1880, voire quelquefois après, et qu’aujourd’hui il a pris ses distances avec le courant libéral - il n’a ainsi pas admis la communauté israélite libérale en son sein. Pour le reste, il paraît pleinement fidèle à l’esprit dans lequel il a été créé et animé au XIXe siècle ».

Du culte à la culture - le CCIB aujourd’hui

Présidé actuellement par le professeur Julien Klener (voir notre encadré), le Consistoire reste l’autorité morale incontestée du judaïsme belge. Il fédère 17 communautés israélites reconnues, établies à Anvers, Arlon, Bruxelles, Charleroi, Gand, Knokke, Liège, Ostende et Waterloo. Le rôle de l’Assemblée consistoriale est semblable à celui de l’assemblée générale d’une ASBL. Les affaires courantes sont gérées par le Bureau, et un Secrétariat assure le fonctionnement du Consistoire au quotidien. Etablie à Uccle (synagogue de la rue de Boetendael 147), la Communauté Israélite Chaaré Tzion, reconnue par A.R. le 10 mai 2007, est la dernière à avoir fait son entrée dans la structure consistoriale. Outre l’Assemblée consistoriale, le Bureau et le Secrétariat, le CCIB comprend différentes commissions chargées de différents aspects de la vie consistoriale et communautaire (Conseil académique, archives, conciliation, émissions, femme, finances, nomination des ministres du culte, commissions pédagogiques francophone et néerlandophone, relations pluralistes). De nombreuses synergies sont développées conjointement par le Consistoire et d’autres institutions, tant juives que non juives, associées à la défense de la démocratie dans notre pays. L’institution a étendu ses activités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, allant du cultuel au culturel, en passant par l’enseignement et les médias. Comme l’expose Michel Laub, son secrétaire général, le Consistoire contribue aujourd’hui à l’éducation juive, par l’intermédiaire de ses réseaux de l’enseignement de la religion et par son soutien aux deux instituts universitaires d’études du judaïsme (Anvers et Bruxelles). Le Consistoire a aussi soutenu la création des institutions chargées de préserver le patrimoine culturel et historique du judaïsme en Belgique (Musée Juif de Belgique, IMAJ, Fondation de la Mémoire contemporaine, Musée juif de la Déportation et de la Résistance à Malines). Il contribue à la diffusion de la culture juive, par la production d’émissions radio-télévisées, la publication d’une revue trimestrielle bilingue (Nouvelles Consistoriales - Consistoriaal Nieuwsblad), et l’organisation des Journées du Patrimoine et de la Culture juive (« Journée européenne de la Culture juive »). 1. de gauche à droite M. Laub, A.J. Malinsky, H. Rubens, N. Manelewitsch, H. Mordenfeld, A. Guigui, W. Kahan, M. Renous, Mad. M. Reichert (invitée), S. Landau, Mad. B. Manelewitsch, Mad. C. Klener, R. Frey, J. Klener, J.L. Guttmann, M. Linker, H. Jeger, R. Cahen, G. Schnek, M. Konopnicki, P. Markiewicz, A. Prync, M. Moghrabi, R. Grosman, W. Szafran, W. Ollech, M. Serfaty, P. Strauss & P. Kornfeld. Publication 200 ans du Consistoire Central Israélite de Belgique, CCIB-CICB, 2008.

Plus d’infos Consistoire Central Israélite de Belgique, rue J. Dupont 2, 1000 Bruxelles. Tél. 02/512.21.90 www.jewishcom.be

*** Interview de Julien Klener Successeur de Georges Schnek (1982-2000), le professeur Julien Klener préside actuellement le Consistoire Central Israélite de Belgique, institution dont il souligne la centralité, tout au long de l’histoire du judaïsme belge.

1808 est une date clé. Depuis lors, le Consistoire est lié à ce mode d’organisation qui se veut le trait d’union entre l’Etat et la communauté juive. Le système consistorial pensé par Napoléon a continué sa belle vie après Waterloo, et lorsque la Belgique a été créée, il est devenu la représentation structurée de notre communauté auprès des nouvelles autorités nationales. Nous vivons au rythme de la législation belge, nous sommes sous l’ombrelle du ministère de la Justice, et aussi longtemps que la justice sera une compétence fédérale, notre institution restera unitaire, bien que certaines matières dont traite le Consistoire soient déjà communau- tarisées, telles les nominations des ministres officiants alors que leurs salaires sont toujours payés par le national. Néanmoins, nous restons l’interlocuteur privilégié pour toutes les matières qui relèvent aujourd’hui des communautés. Je précise que le Consistoire ne reçoit pas de subsides de l’Etat et que depuis ses origines, il est présidé par un laïc, non rémunéré.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Votre nomSEPHIH... - 24/08/2012 - 16:34

    Déporté de Belgique en septembre 1943,je rédige actuellement mes Mémoires et cherche le prénom du Grand-Rabbin de Bruxelles, Monsieur BERMANN dont j'ai été l'élève avant la guerre , rue Joseph Dupont.
    Je sais qu'il s'est suicidé à Bruxelles à la fin de la guerre et pense qu'il faut lui rendre hommage.
    Grand merci d'avance,
    Haim-Vidal SEPHIHA , Profsseur émérite des Universités (Sorbonne Nouvelle)