Bruxelles

Commémoration des 75 ans de la rafle des Juifs belges

Mardi 4 septembre 2018 par Denis Baumerder

A l'initiative de l'Association pour la mémoire de la Shoah (AMS), une importante cérémonie s'est déroulée ce dimanche 2 septembre au square Herschel Grynszpan pour commémorer les 75 ans de la rafle des Juifs de nationalité belge.

C'est dans ce quartier, près de la gare du Midi, dans ces rues dont l'évocation des noms éveille bien des souvenirs, que les nazis ont procédé aux arrestations d'abord des Juifs étrangers en septembre 1942, ensuite des Juifs belges, exactement un an plus tard. Tout un petit peuple vivait rue Terre-Neuve, rue du Lavoir, rue des Tanneurs...

Les orateurs ont rappelé les crimes perpétrés par les nazis et leurs complices. Comme l'a souligné Eric Picard (AMS) le rapport établi par la CEGES, « La Belgique docile », dénonce le rôle néfaste joué par diverses autorités belges durant l'Occupation. Dans son message, Haïm Vidal Sephia, ancien déporté, a lui appelé au combat sans merci contre l'obscurantisme.

Quant au bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Philippe Close, il s'est élevé contre la collaboration avec l'ennemi, qui à l'époque, consacrait en fait « la banalité du mal » et facilitait la déportation des milliers de Juifs de Belgique, de nationalité étrangère ou belge. Ne pas oublier et rester vigilant face au danger. Il a rendu hommage aux 1.742 Justes parmi les nations dont un support mémorial provisoire reprenant les noms sera inauguré le soir même.

« Ils ont voulu nous enterrer »

Le prix Nobel François Englert, fils de Juifs polonais émigrés en 1924, enfant caché à 10 ans à Lustin par de courageux sauveurs, a raconté son parcours tourmenté, comme celui de bien d'autres enfants. Ses peurs, ses angoisses, ses nuits de cauchemar, ses colères. En rédigeant sa biographie, il a éprouvé un sentiment de libération et retrouvé un peu de sérénité, l'envie de communiquer et de transmettre. Et de rappeler ce proverbe mexicain : « Ils voulaient nous enterrer, mais ils ne savaient pas que nous étions des graines ».

Dans son émouvante allocution, Henri Goldberg (Fondation Auschwitz) a relaté l'organisation « technique » de la rafle, les instructions fournies aux exécutants, les missions imparties à chacun, l'horaire de l'opération. Ils ont pu rafler 794 victimes. Seuls 14 rescapés sont revenus.

Et pourquoi les forces alliées n'ont-elles pas bombardé les voies de chemin de fer pour rendre le rail inutilisable aux convois de déportés ? Réponse de l'orateur : « Parce que ce n'était pas leur priorité ». Les rails de la mort sont restés opérationnels. En terminant, Henri Goldberg a rappelé l'ignoble déclaration de Goebbels : « Même si les Juifs en réchappent, personne ne les croira ». 

Dans son intervention, l'Ambassadeur de Russie, Alexander Tokovinin, a notamment évoqué la libération du camp d'Auschwitz par les troupes soviétiques, l'insupportable spectacle sous leurs yeux. Il a aussi rappelé que plus d'un demi-million de soldats juifs se sont battus au sein des forces alliées contre le nazisme. Avant de se déclarer inquiet face à l'émergence de relents néonazis en Europe.

En finale, Amos Sucheki a chanté Zog nit keyn mol, le chant des Partisans juifs, accompagné à l'accordéon par André Reinitz, devant la foule debout. A proximité des pavés de la mémoire fraîchement incrustés dans le trottoir, et portant le nom des Juifs déportés il y a 75 ans, depuis ces quartiers de la rue des Tanneurs...


 
 

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  • Par Bella Swiatlowski - 4/09/2018 - 13:27

    Au premier rang de la photo Nadia et Brigitte Verbist, les petites filles de mes sauveurs Pierre et Marie-Louise Verbist décorés du titre des Justes parmi les Nations. Comme le demandait mon père et ma mère, emportés par le Xeme convoi, sur sa carte postale jetée du train et adressée à leur voisine : « prenez soin de ma fille, je vous en serai toujours reconnaissant...» je pense toujours à mes sauveurs, mes parents de guerre, avec tendresse et affection et ne les oublie pas.