Décès

Charles Aznavour : "Une gloire pour la France, l'honneur du peuple arménien"

Mardi 2 octobre 2018 par Nicolas Zomersztajn

Charles Aznavour est mort ce lundi 1er octobre 2018 à l’âge de 94 ans. Ce fils d’immigrés arméniens ayant échappé au génocide de 1915 est devenu l'un des Français les plus connus dans le monde entier.

 

De nombreux témoignages circulent depuis l’annonce du décès de Charles Aznavour. Même si ce n’est pas un secret, il est toutefois bon de rappeler à cette occasion ce que lui et sa famille ont fait durant la Guerre.

Les parents de Charles Aznavour, Misha et Knar Azavourian, qui habitaient Paris sous l'Occupation, ont abrité des dizaines de Juifs et de résistants arméniens. « Les parents de Charles Aznavour, Charles lui-même et sa sœur avaient par de petites actions pris part à la Résistance », rappelle Jacques Deghirmendjian, président de la Fédération des combattants et résistants franco-arméniens.

Les Aznavourian avaient transporté des uniformes allemands, des armes, etc. pour le compte de la Résistance. Ce qui valait le peloton d’exécution en cas d’arrestation. Ses parents hébergeaient aussi des Juifs, des résistants en fuite, dont Missak Manouchian, chef du groupe de résistants communistes FTP-MOI (Francs-tireurs partisans - Main d’œuvre immigrée) popularisé par L'affiche rouge, exécuté en février 1944 par les Allemands.

C’est avec ce résistant arménien que Charles Aznavour apprendra à jouer aux échecs, comme il le raconte dans A voix basse, cette autobiographie publiée en 2009 (éd. Don Quichotte). « Charles sera l'honneur du peuple arménien, et une gloire pour la France », avait même prédit en 1940 Missak Manouchian.

En 2017, lors d’une tournée en Israël, Charles Aznavour avait reçu des mains du président israélien Reuven Rivlin la médaille de la Fondation Raoul Wallenberg.

Mais c’est surtout le génocide arménien qui restera une plaie béante tout au long de la vie de Charles Aznavour. « Ma famille maternelle a été totalement massacrée... Il n'y a que ma mère et mon arrière-grand-mère qui ont survécu. Elles ont suivi le chemin de la "transhumance" commun à beaucoup d'Arméniens : la Grèce, puis la France », retraçait-il il y a quelques années dans Paris-Match.

Fidèle à son arménité, il aimait toutefois clamer son amour pour la France. « Mon pays, c'est la langue française », insistait Charles Aznavour. « Cette phrase est magnifique, car elle résume tout », souligne Robert Belleret, auteur d'une de ses biographies Vies et Légendes de Charles Aznavour (éd. L’Archipel). « Enfant, ses parents ne parlaient pas le français. Aznavour a appris la langue dans la rue, car il était très peu allé à l'école. Son attachement à la langue est incontestable et très émouvant ». Et le sort a fait de ce « métèque » autodidacte le chanteur français le plus connu dans le monde.

Il n'était ni Rimbaud ni Baudelaire, mais ses chansons véhiculent des émotions, donnent la chair de poule et font aussi réfléchir. C’est la raison pour laquelle elles ont tant marqué les gens.

Avec un vocabulaire simple qu’il utilisait merveilleusement, il pouvait exprimait des émotions parfois indicibles, décrire des situations difficiles vécues par ses contemporains et s’attaquer à des sujets graves. Ses chansons peuvent alors avoir un impact beaucoup plus important que n’importe quelle tribune d’un intellectuel ou qu’un responsable politique dans un quotidien de référence. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil sur L’Emigrant, cette chanson écrite en 1954. Ces deux refrains confèrent à cette chanson son intemporalité et son universalité :

Regarde-le, il déambule

Sans jamais savoir où il va

Il marche comme un somnambule

Et les gens le montrent du doigt

(…)

Regarde-le, il déambule

Sans jamais savoir où il va

Il marche comme un somnambule

Et les gens le montrent du doigt

Tout au long de sa vie, Charles Aznavour a montré et démontré qu’un individu d’origine étrangère peut parfaitement s’intégrer dans un pays en s’appropriant pleinement et avec amour la culture de ce pays, tout en restant fidèle à ses origines.


 
 

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  • Par Irène Kalisch - 18/10/2018 - 23:25

    L’un des Français les plus connus, l’un des Arméniens les plus connus.
    Mais sûrement celui qui, par ses chansons nous expliquant la réalité, a inoubliablement marqué notre vie. Merci Charles, merci Seda.