L'humeur de Joël Kotek

BDS, encore et toujours "politicidaire"

Lundi 8 octobre 2018 par Joël Kotek, Directeur de publication de Regards et professeur à l'ULB
Publié dans Regards n°1030

Pourquoi revenir sur BDS ? Parce que cette question court toujours et de plus en plus belle. A l’occasion de la rentrée universitaire, j’ai été quelque peu interloqué à la vue de ces centaines d’affiches collées sur les murs et couloirs de l’ULB appelant au boycott de l’Etat d’Israël et de ses universitaires.

 

Dans les pays occidentaux, le débat sur BDS porte sur la question rhétorique suivante : l’antisionisme affiché de BDS est-il une forme de racisme ? Des intellectuels comme Umberto Eco, des politiques de gauche comme de droite, de Martine Aubry à Angela Merkel, le pensent. Des chercheurs en sciences sociales l’ont démontré. Et surtout, des juges impartiaux l’ont établi judiciairement. De nombreuses juridictions françaises, y compris la Cour de cassation, ont sanctionné le boycott, jugé illégal, parce que fondé sur des motifs purement discriminatoires. En France, comme en Allemagne et aux Etats-Unis, le boycott constitue aux yeux de la loi un délit, en aucun cas une forme de liberté d’expression.

Les pratiques de BDS sont-elles racistes ? Il va de soi qu’Omar Barghouti, l’initiateur de l’appel au boycott des produits, mais aussi des intellectuels et des artistes israéliens réfutent avec véhémence toute accusation d’antisémitisme, tout comme le collectif BDS-France qui assure tout autant ne pas viser « des personnes ou des groupes en raison de leur origine ou de leur religion juive (…), mais bien « la politique coloniale d’occupation israélienne et ses partisans ». Si tel était le cas, il serait évident qu’il ne saurait être question de qualifier de raciste un boycott ne visant que les seuls produits, voire artistes, des Territoires occupés !

Ce boycott sélectif pourrait être dénoncé comme déraisonnable, partial, bref comme antisioniste, mais certainement pas comme antisémite. Le retour des Territoires occupés en (future) Palestine est, en effet, la clé de tout accord de paix. D’aucuns d’ailleurs pourraient même estimer qu’un mouvement qui n’appellerait qu’au boycott des seuls produits de « Judée-Samarie » ne serait pas un obstacle à la Paix des Braves. Reste que la réalité du terrain impose un jugement bien plus catégorique : BDS est tout sauf un mouvement de la paix pour prôner non pas le boycott sélectif, mais intégral et absolu d’Israël et ce, de ses médicaments génériques produits dans la banlieue de Tel-Aviv à ses artistes les plus favorables aux thèses palestiniennes, tels Amos Oz ou le encore le chorégraphe Orad Naharin, directeur des ballets Batsheva.

Si BDS n’appelle effectivement pas au meurtre des Juifs (génocide), il n’en invite pas moins à la disparition des Israéliens en tant que nation (« politicide ») et peuple (« ethnocide »). C’est le sens même du texte qui figure sur les affiches du Comité BDS de l’ULB. Tout en se posant comme « un réseau international d’action politique non violente », la présentation de ses objectifs est des plus claires : « Le boycott est une force de frappe d’action collective qui a pour but de dénormaliser et délégitimer l’Etat d’Israël (…) de pousser à la rupture de tous les liens et contrats entre notre université et les institutions israéliennes ». Que penser d’un mouvement qui se présente comme pacifiste, mais diabolise le seul Etat des Juifs (et jamais le Qatar, la Russie, la Turquie, etc.) pour mieux faire accepter sa nécessaire et inéluctable destruction ? Que veut le collectif palestinien et ses affiliés, sinon la création d’un Etat palestinien non pas à côté, mais à la place d’Israël et ce, par tous les moyens possibles, y compris le terrorisme. Son refus de toute critique à l’égard du Hamas en est la preuve la plus éclatante. La finalité de BDS-ULB est bien ethnocidaire et politicidaire pour viser encore et toujours la destruction du seul Etat juif de la planète. Cet objectif ressortit bien à l’antisionisme radical, donc à l’antisémitisme au regard de la définition de travail sur l’antisémitisme de l’International Holocauste Rememberance Alliance (IHRA) adoptée par le Parlement européen en juin 2017, mais pas encore explicitement par notre gouvernement.

Contrairement à ce que d’aucuns croient, Omar Barghouti légitime la violence armée ; d’où sa colère à l’égard de ceux qui, au sein des mouvances progressistes, osent critiquer le terrorisme du Hamas. En juin 2011, il n’hésita pas, dans un discours d’une rare violence, à déclarer tout le mépris qu’il portait à ses « camarades » socialistes français pour lui avoir fait la morale sur la violence et le terrorisme : « Normalement je suis quelqu’un de gentil, mais je 
ne tolère qu’une personne blanche nous fasse la morale sur la non-violence. [Applaudissements] Je lui ai dit quelque chose qui peut paraître [!] raciste : la race blanche est la plus violente dans l’histoire de l’humanité. Regardez la Première Guerre mondiale et la Seconde et l’Holocauste et encore et encore et encore. Et le colonialisme.  Je ne vous permets pas de nous faire la leçon sur lui ».

Au-delà des différences évidentes qui existent entre ses différentes mouvances, le « politicide » est inscrit dans l’ADN de BDS. Cette réalité impose de considérer le collectif dans son ensemble comme nuisible au processus de paix israélo-palestinien. Il serait heureux que les autorités de l’ULB, comme la classe politique belge, en prennent progressivement conscience, s’abstiennent de subventionner les succursales nationales de BDS et adoptent enfin la définition de l’IHRA sur l’antisémitisme et ce, après le Parlement européen, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, Parti travailliste compris.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par BOAZ - 10/10/2018 - 9:26

    Joël, vous reflétez exactement ma manière de voir le mouvement BDS.

    Il faut mentionner de surcrôit qu'il ne s'agit pas d'un mouvement pacifique, mais d'intimidation :

    -dans le commerce, intimidation des commerçants qui proposent des produits israéliens et des consommateurs qui en mettent dans leurs caddies;

    -dans la presse "engagée" et ses forums , intimidation des posteurs et des lecteurs qui ont un point de vue contraire à BDS; ( voir les blogs et les forums de Mediapart, d'Agoravox)

    -dans les arts et les spectacles , perturbations et vandalisations,

    -enfin, à l'Université biais hostiles de toutes sortes (que peut penser de l'objectivité d'un enseignant BDS un étudiant qui serait simplement non hostile à Israël et se verrait contrôlé par lui à un oral ou dans le cadre d'un jury de thèse? Un professeur de 'l'Université du Michigan a récemment refusé une lettre de recommandation à une de ses étudiantes au seul motif qu'elle l'avait demandé pour s'inscrire en 3ème cycle de Sciences politiques à l'université de Tel-Aviv...)

  • Par Natasha Grant - 12/10/2018 - 14:51

    Je suis très intéressée par vos articles.

  • Par Starc - 12/10/2018 - 22:11

    Excellent !

  • Par Michaël U. - 14/10/2018 - 11:45

    Merci Joël pour cet excellent article, limpide !