Mémoire

Anvers : Première pose autorisée d'un pavé de mémoire

Vendredi 14 septembre 2018 par Michel Lussan, Association pour la Mémoire de la Shoah

Après des années d’attente, la toute première pose autorisée d’un pavé de mémoire à Anvers aura lieu ce dimanche 16 septembre 2018, Gallifortlei 244 (Deurne). Le pavé sera posé au nom de Jan De Ridder, résistant et victime du nazisme, par son arrière-petit-neveu Willem Kennis.

 

Jan De Ridder est entré dans la Résistance en 1942 au sein de la « Witte Brigade - Fidelio » anversoise qui recrutait essentiellement dans la police et les services administratifs, ainsi que dans l’enseignement. 43 policiers furent arrêtés dans la nuit du 14 au 15 janvier 1944. Seuls huit d’entre eux survécurent à la déportation. Après 13 mois d’emprisonnement particulièrement cruels, Jan De Ridder est mort le 9 mars 1945 à la caserne Boelcke à Nordhausen qui dépendait du camp de concentration de Mittelbau-Dora. La cérémonie de ce dimanche 16 septembre se déroulera devant la maison où il fut arrêté, en présence de sa famille, de voisins et de sympathisants*.

En février et juin 2018, l’Association pour la Mémoire de la Shoah (AMS-VHS) avait posé trois pavés de mémoire à Anvers sans autorisation, dans une action de désobéissance civile. Cette association a non seulement soutenu l’initiative en souvenir de Jan De Ridder et de ses camarades depuis le début, mais a surtout, depuis dix ans, lutté inlassablement pour la reconnaissance des pavés de mémoire. En effet, face au mutisme et au déni des administrations anversoises qui sont succédé, l’Association pour la Mémoire de la Shoah a entrepris de multiples actions suite aux demandes des familles qui restaient sans réponse. Dont plusieurs campagnes dans les médias et une pétition qui a recueilli près de 8.000 signatures automatiquement envoyées dans la boîte mail de Bart De Wever et une conférence de presse au cœur d’Anvers le 27 janvier 2018, à l’occasion de la Journée mondiale de la commémoration de la Shoah et de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz. Deux cérémonies furent organisées ce jour-là, devant les domiciles anversois des sept membres gazés de la famille d’Evelyn Fine (venue de Boston) qui dut emporter provisoirement au Musée Mémorial de l’Holocauste à Washington, les sept pavés de mémoire de Chaya Rivka Rutzki, Elias Chaim Rutzki, Leja Rivka Rutzki, Ziegfried Rutzki, Anna Rutzki, Nico Workumet Elias Kazan. Ensuite le 13 février 2018, l’AMS plaça deux pavés à Anvers, devant le domicile de Marc Zuckerberg (raflé par Klaus Barbie à la Maison d’Izieu où il était caché) et devant le domicile d’où fut déportée la mère de David Marka Szyfer (résistant juif anversois), Keyla Gitla Szafirstejn. L’administration communale de Bart De Wever ne toucha pas à ces traces de la barbarie nazie.

L’AMS lui écrivit alors une lettre fin avril 2018 demandant la pose d’un pavé de mémoire pour Maja Leja Susskind Gutgold, la mère de Tony Weber-Susskind (alors âgée de 90 ans) et David Susskind (décédé le 25 novembre 2011), au 167 Provinciestraat. Sans réponse de l’administration de Bart De Wever, l’AMS, la famille Susskind et ses amis scellèrent le pavé le 3 juin 2018 dans une cérémonie émouvante où fut entonné le « Chants des Partisans » en yiddish, ainsi que le Kaddish.

Dix jours plus tard, neuf ans après la demande initiale, soit le 13 juin 2018, le Conseil communal anversois a reconnu officiellement l’autorisation de pose des pavés de mémoire. 41 pavés de mémoire sont déjà en attente actuellement pour Anvers.

Pour toute information concernant la pose de Pavés de Mémoire, s’adresser à Nicole Weismann ams@restitution.be, +32 23 47 50 65

* Y prendront successivement la parole : Willem Kennis, arrière-petit-neveu de Jan de Ridder ; Herman Van Goethem, historien, recteur de l’Université d’Anvers et ancien directeur du Musée Kazern Dossin de Malines (un des premiers à soutenir cette forme d’acte mémoriel et qui publia dans une pleine page du Standaard du 15 février 2018, dans Gazet Van Antwerpen et d’autres médias, un appel solennel et retentissant pour exiger la pose des pavés, en précisant que ces traces mémorielles de partage de mémoire ne constituaient pas exclusivement une « histoire juive », mais concernaient également les résistants et les prisonniers politiques) ; Ben Michiels, petit-fils de Jos Veerman qui dirigeait le réseau d’agents de police résistants de Deurne ; Meyer-Marcel Zalc, président de l’Association pour la Mémoire de la Shoah (AMS-VHS).


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Arnaud - 14/09/2018 - 12:51

    Je trouve l attitude de l AMS d un manque total de respect envers le président Ringer qui pour moi est la seule autorité morale de notre communauté
    S il s est toujours opposé à la pose de ces pavés C est qu il avait des raisons valables qu il n à pas à dévoiler

  • Par Philippe Renette - 15/09/2018 - 10:05

    Une excellente nouvelle, que je salue, comme je salue Willem de Ridder, dont la volonté de voir simplement honorer la mémoire d'un membre de sa famille était frontalement bloquée par un incompréhensible, inexpliqué et inexplicable excès d'orthododie de la part des autorités locales... J'imagine aisément l'émotion de mon compatriote à la veille de cette journéee si importante. Je connais - et peux comprendre dans une certaine mesure - les bémols évoqués par certains à l'évocation des Pavés de Mémoire. Mais il est clair de mon point de vue que ces bémoils sont bien peu de choses au regard du travail de mémoire permis par cette initiative. Deux logiques s'opposant, en s'exprimant ou pas sur les raisons de son action ou inaction, il est heureux, à mon sens, que la volonté citoyenne des familles - Juives ou non - qui effectuent à titre personnel une demande de pose de Pavé de Mémoire soit respectée et ne soit entravée par une quelconque autorité, qu'elle soit morale, religieuse ou politique. Ne pas vouloir s'inscrire dans un travail de mémoire à dimension humaine et européenne est incompréhensible et dommageable. Refuser obstinément - au nom de principes suprêmes exprimés ou non - aux familles qui en expriment le souhait cet hommage simple et percutant est un total manque de respect qu'aucune adminstration ne peut justifier au regard d'une Histoire aujourd'hui encore malmenée et qu'il est bon de rappeler encore et encore pour les jeunes générations d'aujourd'hui et de demain. Que ces Pavés de Mémoire à Anvers et partout ailleurs s'inscrivent plus que jamais dans une démarche/réflexion globale sur un indispensable travail de mémoire qui peut/doit prendre plusieurs formes complémentaires et non-exclusives...

  • Par Liliane Seidman - 22/09/2018 - 10:22

    J'estime que chaque personne de famille déportée a le droit de faire son choix pour la pose des pavés. J'ai vu les pavés à Berlin, Dresden et Bruxelles et je pense que c'est une reconnaissance et un hommage aux disparus. C'est aussi une façon de transmettre l'histoire de la Shoah qu'on essaye aujourd'hui de minimiser.