Cinéma

"Tel Aviv on Fire" de Sameh Zoabi

Mardi 4 décembre 2018 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°1034

Joyau de finesse, Tel Aviv on Fire séduit le public et conquiert les jurys de prestigieux festivals de cinéma de par le monde. Ce film enjoué sur fond peu réjouissant illustre les aspérités du conflit israélo-palestinien, côté palestinien. A voir en avant-première pour la clôture du Cinemamed ce vendredi 7 décembre 2018 à 20h au Botanique, ou courant 2019 en salles.

 
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    Si les pièces d’Anton Tchekhov, qu’il qualifiait lui-même de comédies, filent le bourdon, la pétillante tragédie de Sameh Zoabi invite au sourire. A l’instar du dramaturge, le réalisateur s’emploie à divertir tout en faisant état des conditions de vie, rudes, de ses personnages. Au descriptif dramatique, le cinéaste palestinien, qui a notamment étudié le cinéma et la littérature anglaise à Tel-Aviv, privilégie l’exagération comique.

    Lui-même amusé par les différentes perceptions de ses films -trop palestiniens, pas assez israéliens et inversement-, Sameh Zoabi a fait de ces divergences de points de vue le thème sous-jacent de Tel Aviv on Fire. « J’ai voulu faire un film (…) sur la manière dont chacune des deux nations tente de faire pencher la balance en sa faveur », appuie-t-il. Sameh Zoabi a donc planté un artiste piégé dans une situation politique où tout le monde veut des choses différentes de lui. Il ne sait pas encore ce qu’il veut, mais il va le comprendre au fur et à mesure. L’excellent Kais Nashif donne ses traits à Salam, sorte de Roberto Benigni, rêveur, indécis et maladroit.

    Dans le fond comme dans la forme de ce film ingénieux, les contraires se mesurent, s’affrontent et se complètent : feuilleton kitsch-noblesse du cinéma, série factice colorée-réalité brute sans fard, partenariat artistique-réalité politique, insolite duo Salam-Assi, liberté des Israéliens occupants-confinement des Palestiniens occupés : ces multiples touches antagonistes évoluent jusqu’à parfois se confondre. Elles n’en finissent pas surtout d’illustrer la permanence du conflit, telle une série de feuilletons dont on ne voit pas la fin.

    Feuilleton à rebondissements

    Le réalisateur salue le genre : « Quand je grandissais en Israël, déconnecté du monde arabe, il n’y avait que deux chaînes de télévision. Les émissions en langue arabe provenaient principalement d’Egypte. Ils avaient les meilleures séries télévisées, en particulier le mois du Ramadan ; même les Israéliens les regardaient. La série que j’ai créée dans mon film est un hommage à un feuilleton célèbre avec lequel j’ai grandi (…) ».

    L’emprise des séries est plus que d’actualité, entre autres, au Moyen-Orient : « Les téléspectateurs trouvent le dialogue direct des feuilletons plus crédible que le jeu et le dialogue subtils des longs métrages. Le médium du feuilleton m’a permis d’explorer des choses que je n’aurais peut-être jamais pu faire au cinéma », confie le réalisateur. Ainsi aux brûlantes questions de la série « Manal est-elle vraiment tombée amoureuse de Yehuda ? A-t-elle oublié sa cause palestinienne ? Quelle est la fille de la famille de réfugiés de Jaffa ? » résonnent d’autres 
interrogations, ayant trait à la création, à ses difficultés, ses sources et ses influences, mais encore au discours politique : « Qui tire la couverture à soi ? Qui mène l’Histoire ? Qui l’écrit ? Pour quels motifs avoués ou pour quelles raisons cachées ? Qui tient le témoin du pouvoir, où, comment et pour combien de temps ? »

    Connaisseur des deux nations, fin observateur des deux peuples, Sameh Zoabi dépeint avant tout les motivations et défauts humains de part et d’autre du checkpoint. Et qui sait, la seconde saison de Tel-Aviv on Fire trouvera-t-elle une nouvelle voix dans ce chaos. To be continued…

    Le pitch

    La série palestinienne Tel Aviv on Fire cartonne : le public ne démord pas de la romance entre Manal/Rachel, l’espionne palestinienne et Yehuda, le général israélien, durant la guerre des Six Jours (1967). Parachuté sur la série à succès, Salam, le neveu du producteur, coache les scènes en hébreu. Se rendant un jour de Jérusalem, où il habite, au studio de cinéma, à Ramallah, il se fait arrêter au checkpoint. Vigoureusement interrogé par le commandant (Assi), il se présente comme scénariste du célèbre feuilleton. Non ! Si ! Good news, la femme du commandant Assi est accro à la série. Assi -mais il n’est pas le seul- va s’immiscer dans le scénario du soap opera : une aubaine, mais aussi un sacré casse-tête pour le doux Salam…

    Le Filmmaker Magazine a nommé Sameh Zoabi comme l’un des
« 25 meilleurs nouveaux visages du cinéma indépendant ».

    Un film de Sameh Zoabi, avec Kais Nashif, Yaniv Biton, Lubna Azabal, Nadim Sawalha. Durée : 97 min.

    Une coproduction Luxembourg, France, Israël, Belgique, à découvrir dans le cadre du Festival Cinéma méditerranéen 2018.

    Infos www.cinemamed.be


     
     

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