Nouvelle génération

Lucie Cincinatis : "Ma priorité? Les expériences humaines!"

Mardi 4 septembre 2018 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1028

Entre les montagnes de l’Himalaya et celles 
de l’Atlas, l’ancienne championne belge d’athlétisme devenue  « accompagnatrice de vie » multiplie les projets. Pourvu qu’ils débouchent sur de belles rencontres.

 

Son nom vous dit peut-être quelque chose. Issue d’une famille 
de sportifs (son grand-père, puis son père Yves, champion de Belgique en sprint), Lucie Cincinatis s’est illustrée dans le monde de l’athlétisme belge au milieu des années 2000, championne de Belgique et d’Europe du 100 mètres haies, classée à la 7e place des championnats du monde des moins de 18 ans en 2007. Si la jeune femme a fini par renoncer à une carrière sportive, trop souvent blessée, elle n’en a pas pour autant raccroché définitivement ses baskets, troquant les pistes d’athlétisme contre des paysages plus inspirants, le long des montagnes du Népal ! 

Né à Bruxelles en 1990, aînée d’une fratrie de trois enfants, Lucie Cincinatis grandit au sein d’une famille juive non pratiquante. Elle suit sa scolarité à l’Athénée Maimonide -« plutôt pour le côté pratique, mes parents étaient commerçants dans le Triangle », précise-t-elle-, avant des secondaires à Catteau, puis au Lycée Jacqmain. Elle fera sa bat-mitzva au CCLJ. Tout en multipliant les entrainements d’athlétisme de haut niveau, elle fréquente l’Hashomer Hatzaïr, surnommée « Lucie la fusée » et championne incontestée du drapeau liégeois ! Aussi bonne élève que sportive remarquée, ses résultats lui permettent de décrocher une bourse d’études d’un an au Texas, concrétisant son rêve d’aller vivre aux Etats-Unis. Elle y ajoutera quatre années en Relations internationales à la Colombia University de New York.

Identités multiples

Après un premier emploi de courte durée dans une banque américaine, Lucie s'oriente vers  l’éducation d’enfants qui viennent d’arriver aux Etats-Unis. Le Joint américain lui donnera ensuite l’occasion de s’investir dans un projet humanitaire en Haïti. Elle y restera deux ans. « Le projet consistait à soutenir une organisation locale qui aidait les écoles des bidonvilles de Port-au-Prince », explique-t-elle. « J’ai ensuite développé des activités avec des artisans locaux, en créant des opportunités d’emploi pour les femmes : elles produisaient des sacs sur place et je m’occupais de les vendre en ligne ». Une expérience qui lui fera comprendre la valeur du « Tikkoun olam ». « “Réparer le monde”, faire du bien à l’autre, qu’il soit juif ou non, l’éveiller à la lumière... comme le veut mon prénom », sourit-elle. « Israël et le judaïsme font partie de moi, mais j’ai toujours travaillé à ne pas me confiner dans une identité. Je pense qu’une identité trop forte nous ferme à de nouvelles rencontres et expériences, que l’appartenance à un groupe nous freine dans notre capacité de compréhension du monde et de nous-mêmes ».

Après un tour du Vietnam en sac à dos, et un voyage au Sri Lanka, un trek dans l’Himalaya lui apporte un « éveil spirituel » auquel elle ne s'attendait pas. « Je suis tombée amoureuse de ces montagnes, de la nature, des gens qui y vivent, des valeurs bouddhistes, et j’ai décidé d’en faire profiter les autres », confie-t-elle. Depuis 2015, aidée de guides locaux, Lucie propose aux jeunes trentenaires de rejoindre son groupe « Les Donkeys », « à l’image des ânes, humbles et courageux, qui transportent de lourdes charges à travers les montagnes ». Un voyage « initiatique » de dix jours associant marche, méditation et développement personnel, à l’intention de ceux qui souhaitent faire un break dans leur vie, une pause dans leur carrière, ou juste découvrir le Népal. « On évoque ensemble les différents thèmes de la vie, les moments qu’on traverse. On partage énormément, sans connexion, en étant pleinement présents », note Lucie. « Cela apporte beaucoup de sérénité ». Tout en bénéficiant à une école locale, à laquelle elle reverse directement une partie du prix du voyage.

C’est une compétition d’un autre ordre à laquelle se livre aujourd’hui Lucie. « Les trekkings au Népal sont un challenge à la fois physique, sportif et mental. C’est une compétition contre soi-même qui permet de renforcer l’estime et la confiance en soi », soutient celle qui propose par ailleurs des cours de yoga, par Skype lorsqu’elle n’est pas à Bruxelles. Depuis peu mordue d’escalade, toujours en quête de nouveaux projets chargés de sens et d'impact, Lucie admet se laisser porter par la vie. « Ce n’est pas une question de moyens, c’est un choix », insiste-t-elle. « Je laisse les choses venir à moi, sans avoir de gros besoins, en restant ouverte et consciente. Je veux avant tout une vie enrichissante. On a souvent tendance à tout vouloir contrôler, en finissant par faire des choses qui ne nous conviennent pas. J’aime me réveiller devant les montagnes, les arbres et les lacs, et j’aime la ville pour les gens que j’aime, j’essaie de trouver la juste balance entre les deux ».

Après avoir traversé à pieds les Pyrénées cet été, seule avec sa tente, Lucie organisera à l’automne un voyage de bien-être et de marche dans les montagnes de l’Atlas, au Maroc. D’autres endroits, d’autres rencontres, avec ceux qui choisiront de la suivre.

Infos : www.journeywithlucie.com


 
 

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