Au CCLJ

Bar-mitzva laïque, toute la richesse du judaïsme

Mardi 3 juillet 2018 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°886 (1026)

Le 11 juin 1987, David Kronfeld était le tout premier à célébrer sa bar-mitzva au CCLJ. Trente ans plus tard, ils sont désormais une quinzaine chaque année à choisir la voie juive laïque pour franchir cette étape de leur existence qui les conduira à l’âge adulte. En accord avec leur façon de concevoir et de vivre leur judaïsme, en dehors de la religion.

Sur le même sujet

    Le 30 juin dernier, 11 nouveaux Bnei-Mitzva ont fait officiellement leur entrée dans la communauté, à l’occasion d’une cérémonie publique venue clôturer « l’Année de judaïsme pour les Bnei-Mitzva », suivie au CCLJ. Un concept unique imaginé il y a plus de 30 ans pour répondre à une demande de la communauté juive de Belgique, mais aussi à une réalité, sa sécularisation progressive.

    « Il y avait clairement un manque à l’époque », explique Delphine Szwarcburt, philosophe de formation et directrice du programme depuis une vingtaine d’années. « La synagogue libérale rencontrait alors beaucoup de succès, mais certains Juifs tenaient à pouvoir célébrer les fêtes en dehors du cadre religieux. Ils voulaient aussi transmettre leur judaïsme à travers les grands rites de passage, d’une façon dégagée de la synagogue. Les enfants de couples mixtes n’y étaient d’ailleurs pas les bienvenus et devaient, pour y être acceptés, se convertir, de même que le conjoint ».

    La légitimité du nom

    Sous la présidence de Simone Susskind, militante laïque et féministe convaincue, le conseil d’administration du CCLJ se réunit avec Béatrice Godlewicz, pour décider de créer un programme original qui n’existe nulle part. Plusieurs questions vont dès lors se poser, et notamment celle de conserver ou non le nom « bar-mitzva ». « « Bar-mitzva » signifie “fils du Commandement”, de la loi que Dieu a donnée dans la Torah », précise Delphine Szwarcburt. « A 12 ou 13 ans, que l’on soit fille ou garçon, on est en âge de connaître et de respecter les 613 mitzvot de la Torah. Bar-mitzva est le nom de l’étape que l’on franchit. “On ne passe pas” d’ailleurs sa bar-mitzva, “on est” Bar-Mitzva dans le judaïsme, quoi que l’on fasse, devenant à l’âge de 13 ans apte à devenir adulte. La légitimité du nom “bar-mitzva” nous a donc paru évidente ».

    Monique Susskind, rabbin conservative et fille aînée de David Susskind, aidera Béatrice Godlewicz à élaborer le cursus, avec l’objectif de donner un contenu à l’identité juive de ces enfants, en dehors de la synagogue. Tamara et Paul Danblon, à l’origine de la « communion laïque » (actuelle « Fête de la jeunesse laïque »), proposeront quant à eux l’idée d’une grande menorah, vers laquelle chaque enfant se dirige pour allumer une bougie en hommage à une personne qui lui est chère.

    Avec deux parents juifs, profondément 
attachés à la laïcité, David Kronfeld sera le premier à expérimenter le rituel ainsi créé, le 11 juin 1987. « Je me suis toujours considéré comme un athée et je ne souhaitais en aucun cas jouer la comédie », nous confiait-il dans notre numéro consacré aux 50 ans du CCLJ (n°701, décembre 2009). « Mon entourage l’a très bien compris, mais on a assisté à l’époque à une levée de boucliers chez les plus religieux, avec quelques lettres assez violentes… ».

    Si la volonté du CCLJ n’a jamais été de s’opposer à la synagogue, mais bien de constituer « une alternative constructive », pour pouvoir toucher tous les publics, les familles qui posent aujourd’hui le choix d’une « bar-mitzva laïque » continuent de le faire pour l’une de ces deux raisons : un choix par défaut pour des couples qui ont subi le rejet de la synagogue alors qu’ils voulaient l’intégrer, considérés comme « pas assez » juifs. Un choix volontaire, pour ceux qui se sentent juifs, mais ne se reconnaissent pas dans le cadre religieux, et veulent privilégier un choix philosophique en adéquation avec leurs idées.

    Le CCLJ tiendra aussi à élaborer un programme mixte, identique pour les deux sexes, jugeant révoltant le sort réservé aux filles dans les synagogues. Une égalité entre garçons et filles qui constitue l’une des particularités de l’Année de judaïsme pour les Bnei-Mitzva, comme l’est la recherche sur l’identité juive que les jeunes devront réaliser. « Nous leur demandons de questionner les membres les plus âgés de leur famille, en reconstituant leur arbre généalogique. Parce qu’il est 
essentiel de comprendre d’où l’on vient et en quoi notre histoire particulière se raccroche à l’histoire générale du peuple juif », explique Delphine Szwarcburt, qui a repris les rênes du programme après Monique Susskind et Gaëlle Szyffer.

    Critique historique de la Bible

    Cette première partie du programme consacrée à l’histoire familiale est suivie par l’étude de la Paracha. Une étape qui aura, comme le nom de « bar-mitzva », fait l’objet de discussions à la création de l’Année de judaïsme. « Nous ne voulions pas être un ersatz de la synagogue, mais bien un programme propre qui exprime nos valeurs », insiste Delphine Szwarcburt. « La Torah est le patrimoine de l’Humanité, comme le revendiquait Monique Susskind, qu’on soit croyant ou pas. C’est bien d’être laïque, mais pas d’être ignorant. Il nous faut connaître les bases du judaïsme pour voir ensuite ce qui nous convient ou pas ».

    Depuis une vingtaine d’années, Mireille Dahan, la fille du rabbin Albert Dahan, historienne de formation, s’occupe d’enseigner ce volet du programme dédié à l’histoire biblique et à la Paracha. « La bar-mitzva du CCLJ n’inclut pas l’étude de l’hébreu ni la liturgie, mais elle contient une base de valeurs, de connaissances et d’ancrage dans sa culture qui correspond à la société moderne », estime-t-elle. « Je reviens d’ailleurs avec les jeunes sur le concept de bar-mitzva lui-même, qui n’est pas un prescrit de la Bible, comme le serait la cacherout. La bar-mitzva remonterait au Moyen-Age et serait liée aux difficultés des communautés juives pendant les Croisades de conserver leurs membres, en raison des violences. Elles auraient donc inventé cette cérémonie par crainte de perdre des membres, pour les fidéliser en quelque sorte, en leur permettant d’entrer dans la communauté dès l’âge de 10-12 ans. C’est un rite de passage, qui vise à se dépasser, et qui apaise certains adolescents, lesquels, sans cela, organiseraient leur propre rite de passage, de toute façon ».

    Un cours de « critique historique de la Bible », comme le qualifie elle-même Mireille Dahan, qui permet de « donner aux textes une cohérence ». Pourquoi cet événement a-t-il été choisi pour faire passer ce message-là ? Quel héritage culturel peut-on retirer de la Bible ? Qu’est-ce que cela nous apprend et nous permettrait de mieux vivre aujourd’hui ? Parallèlement sera développé le dossier « Paracha », soit la date hébraïque de la bar-mitzva du jeune, calculée à partir de sa date de naissance. L’un des 52 textes de la Bible auquel cette date se réfère sera compris grâce à la traduction Colbo « la plus directe et donc la plus fiable », et interprétée selon la technique d’interprétation talmudique Pardes. « L’objectif étant de voir ensuite le lien entre le texte et le monde dans lequel ils vivent », insiste Mireille Dahan, qui veille à un cours interactif, suscitant régulièrement de passionnantes discussions en rapport avec des événements plus lointains, des personnalités qui ont marqué l’histoire juive, ou simplement l’actualité. Une actualité déjà mise en perspective lors d'une visite d’introduction au programme guidée par Mireille Dahan, dans le quartier juif de Bruxelles.

    Enfin la bar-mitzva symbolisant aussi le passage à plus de responsabilités, le programme du CCLJ prévoit en troisième partie de donner du temps à ceux qui en ont besoin, avec un travail de bénévolat d’une quinzaine d’heures au sein d’une institution juive (Résidence L’Heureux Séjour, Musée juif, crèche Nitzanim-Rachel Kemp, etc.).

    Trente ans après sa création, comment la bar-mitzva laïque est-elle perçue ? Est-elle devenue un acquis ou continue-t-elle de susciter la controverse chez les plus religieux ? « La bar-mitzva du CCLJ reste un concept assez unique et correspond à une réalité vécue aujourd’hui dans nos sociétés », affirme Mireille Dahan. « Mais on reste très critiqué par les milieux religieux qui reprochent à des athées d’utiliser une cérémonie religieuse ! Ce sont souvent les critiques de gens qui ne savent pas ce qu’on fait, pour ne citer que les chansons en hébreu, en yiddish et en ladino que les enfants interprètent lors de la cérémonie, faisant revivre toute la richesse culturelle du judaïsme ».

    « Plus personne ne conteste aujourd’hui la légi-timité ou l’existence de notre bar-mitzva », affirme Delphine Szwarcburt, « d’autant plus qu’elle répond clairement à une demande et rassemble désormais plus d’enfants que la plupart des synagogues. Elle permet aussi de pérenniser la communauté juive, en correspondant à ce qu’est la communauté juive actuelle, de plus en plus sécularisée ».

    « Est juif celui qui se sent juif »  

    Dans la logique du CCLJ pour qui « est juif celui qui se sent juif », « nous ne 
demandons pas qui est juif et comment il est juif », insiste Delphine Szwarcburt. « Les enfants qui s’inscrivent à notre bar-mitzva fréquentent des écoles juives comme des écoles publiques ou même du réseau catholique. L’Année de judaïsme pour les Bnei- Mitzva s’adresse aussi bien à des familles juives très intégrées dans la communauté, qu’à des enfants issus de couples mixtes, des enfants israéliens ou, cela arrive parfois, des enfants qui découvrent qu’ils sont juifs en arrivant chez nous ! Elle permet ainsi de se rendre compte de toute la diversité de notre communauté. C’est ce qui rend notre programme d’autant plus enrichissant ».

    Mardi 11 septembre 2018 à 19h
    Séance d’information sur l’Année de Judaïsme pour les Bnei-Mitzva
    en présence des parents et des enfants

    Infos et inscriptions : 02/543.02.85 ou mdj@cclj.be

     
     

    Ajouter un commentaire

    http://www.respectzone.org/fr/