L'opinion de David Chemla

Pourquoi j'aspire à un changement politique en Israël

Mardi 3 septembre 2019 par David Chemla, Secrétaire général européen de J Call (Réseau juif européen pour la paix et l’avenir d’Israël)
Publié dans Regards n°1049

Chaque année au cours de la lecture de la Haggada, le soir du seder, nous remercions D. pour tous ses bienfaits et nous disons pour chacun d’entre eux que s’il avait été le seul à avoir été accompli, « cela nous aurait suffi » et nous reprenons en chœur « Dayenou ».

Nous pouvons nous inspirer de ce chant traditionnel pour recenser les raisons qui nous poussent à souhaiter lors des prochaines élections un changement dans la direction du pays. Et comme dans la chanson, chacune de ces raisons pourrait suffire à elle seule à nous convaincre de la nécessité de ce changement. J’en ai identifié dix, comme les dix plaies, qui toutes témoignent de la détérioration progressive de la société israélienne ces dernières années.

1. Amender la « loi de l’Etat-nation » dans l’esprit du texte de la Déclaration d’Indépendance afin de permettre à tout Israélien, quelle que soit son appartenance ethnique ou religieuse, de s’identifier avec son pays et de ne pas se sentir rejeté.

2. Remettre la morale au cœur du débat public, dans l’esprit de l’héritage des prophètes auquel les pères fondateurs de l’Etat ont voulu se rattacher. Ne pas oublier que « nous avons été esclaves en Egypte », comme le fait le gouvernement ces jours-ci en renvoyant des enfants nés en Israël et leurs parents entrés illégalement. Lutter contre la corruption et interdire l’éligibilité de candidats mis en examen et la possibilité qu’ils soient nommés à des fonctions publiques.

3. Réduire les différences sociales qui se sont creusées, faisant d’Israël un des pays les plus inégalitaires au sein de l’OCDE, et ne plus diriger le pays en privilégiant l’intérêt de quelques familles.

4. Donner des moyens identiques pour le développement de toutes les agglomérations du pays, quelle que soit l’identité de leur population ou leur localisation et ne pas comme aujourd’hui privilégier les colonies au détriment de la périphérie du pays.

5. Lutter contre le climat d’intolérance prédominant trop souvent aujourd’hui dans le débat public, opposant les communautés les unes aux autres : laïques contre religieux, Orientaux contre Ashkénazes, Juifs contre Arabes, droite contre gauche… Développer au contraire les valeurs de tolérance, sans que l’une des composantes de la nation ne cherche à imposer ses convictions à l’autre.

6. Ne pas privilégier la conception religieuse des orthodoxes sur celle des libéraux, par calcul électoraliste ; un choix qui risque de conduire à une coupure avec une part importante des Juifs de la Diaspora, notamment américaine.

7. S’engager de façon active pour rechercher un accord avec les Palestiniens sur la base de deux Etats qui mette fin à l’occupation et garantisse l’avenir d’Israël comme Etat juif ET démocratique et ne pas soutenir comme aujourd’hui les projets d’annexion d’une partie de la Cisjordanie qui mettent en danger la sécurité du pays.

8. Changer l’image d’Israël sur la scène internationale et comprendre que la meilleure « Hasbara » n’est pas de refuser l’entrée du pays à des opposants à cause de leurs opinions, mais au contraire de montrer la situation du pays dans toute sa complexité.

9. Ne pas s’immiscer comme aujourd’hui dans la politique américaine, allié stratégique le plus important pour Israël, en soutenant ouvertement le Parti républicain, choix dangereux pour l’avenir et qui embarrasse la majorité des Juifs américains qui sont démocrates.

10. Ne pas soutenir les régimes populistes dont les dirigeants professent ou ont soutenu des opinions ouvertement antisémites comme la Pologne de Jarosław Kaczyński, la Hongrie de Victor Orban ou plus récemment le président brésilien Bolsonaro, au détriment des pays européens avec lesquels Israël partage les mêmes valeurs de démocratie libérale.

En juillet dernier, Netanyahou a dépassé la longévité politique de Ben Gourion. Cet évènement, très largement commenté dans les médias israéliens, a suscité la comparaison de l’héritage des deux hommes. Sans entrer dans celle-ci, on peut néanmoins mettre en évidence le message que, par leurs actes, ces deux hommes ont délivré aux jeunes générations après les nombreuses années passées à diriger le pays.

Alors qu’Israël des années 1960 se tournait progressivement vers la société de consommation, Ben Gourion choisit de se retirer dans le kibboutz Sde Boker dans le Néguev. Il signifiait ainsi que le temps des pionniers n’était pas terminé et que le pays était encore à construire. Et lui, le fondateur de l’Etat qui s’était battu toute sa vie pour en agrandir le territoire avant sa création, en encourageant le développement de la présence juive, n’a pas hésité après la guerre des Six Jours à dire qu’il ne fallait pas rester dans les Territoires occupés.

Quel message délivre aujourd’hui Netanyahou ? Celui d’un homme prêt à toutes les compromissions pour rester au pouvoir et obtenir par ses alliances politiques l’immunité parlementaire qui lui permettra d’échapper aux inculpations qui le menacent.

Chacun appréciera la différence. Pour ma part, j’espère que ces élections marqueront la fin de l’ère Netanyahou. Dayenou


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Amos Zot - 11/09/2019 - 9:25

    Réponse point par point:( de préférence à publier dans le prochain Regards en face de l'article en question)

    1. Israël est l'état-nation du peuple juif ; cela a été dit en 1948 et rappelé ; pour le reste, aucun israélien quel que que soit son appartenance ethnique ou religieuse n'a de raison de sentir rejeté.

    2. si tous les immigrés qui entrent en Israël savent qu'ils ne pourront être expulsés, Israël deviendra ingérable.Il n'y a pas plus de corruption en Israël que dans les pays européens ni plus sous le gouvernement israélien actuel que les précédents.

    3. Combien de pays de l'OCDE sont en guerre depuis 70 ans ?

    4. Le fait d'utiliser le terme "colonie" pour la Judée - Samarie est à mon avis à considérer comme une affirmation antisémite au sens de la définition de l'antisémitisme votée par le Parlement européen.

    5. Les responsables de cette situation sont en premier lieu la majorité des journalistes israéliens qui propagent de nombreuses fausses nouvelles, inexactitudes,....

    6. Les partis non religieux ont depuis toujours la majorité et ne s'entendent pas entre eux.


    7. Des plans de paix ont été à plusieurs reprises proposés aux Palestiniens qui ont toujours refusé et qui ne s'entendent pas entre eux.
    Le plan Trump sera présenté et sans doute que sous la pression de Al Sissi et MBs, les Palestiniens finiront pas accepter la Paix. Sous-entendre que l'absence de Paix soit due à Israël est non seulement faux mais antisémite et criminel dans la mesure où cela pousse des ignares à passer à l'acte violent. Ceux qui par leurs mensonges les arment sont plus responsables qu'eux.

    8. L'image d'Israël dépend de la presse internationale qui lui est généralement très hostile . Israël a raison de ne pas laisser entrer sur son territoire ceux qui en prônent le boycott. Penser que les journalistes qui critiquent Israël à longueur de journée sont de bonne foi mais simplement mal informés est dans le meilleur des cas de la naïveté poussée à l'extrême .


    9. Le gouvernement actuel ne s'immisce pas dans la politique américaine ; la signature de l'accord avec l'Iran fait encore plus partie de la politique israélienne puisque Israël est le seul pays que l'Iran a à plusieurs reprises menacé de détruire.
    Le problème actuel du parti démocrate est que ses dirigeants n'osent pas sanctionner le quartette antisémite pour des raisons électorales; l'antisémitisme paye malheureusement ; pas seulement aux USA.'

    10. Vous renversez la situation Israël essaie de s'entendre avec tout le monde.Ce sont , par exemple, les députés européens qui font une standing ovation à Abbas quand il affirme qu'Israël empoisonne l'eau à destination des Palestiniens,c'est Mogherini qui embrasse Zarif alors que l'Iran menace Israël de destruction.

    J'espère que Netanyahu sera le prochain premier ministre parce que cela amènera sans doute à très court terme la Paix , la sécurité et la croissance économique dans tout le Moyen-Orient .
    II y a très peu d'homme d'état dans le monde et un seul en Israël et c'est précisément lui que vous souhaitez ne plus voir au commande d'Israël.

    Le seul intérêt de vos prises de position, c'est que vous serez souvent invités par des dirigeants politiques ou des médias qui aiment les Juifs qui attaquent Israël en usant de double standard.

  • Par ezekiel - 11/09/2019 - 14:31

    Amos,

    Tout ce que vous avez écrit est tellement évident pour tous ceux qui ont un minimum de bon sens

    J'ose espérer que la rédaction de Regards publiera dans son prochain numéro le contenu de votre post.

    Permettez moi d'ajouter un élément : la mauvaise image d'Israël est aussi la conséquence de la piètre qualité des ambassadeurs qui se sont succédés à Bruxelles depuis pas mal d'années (exception faite de Son Excellence Madame Tamar Samash). Faut dire que les deux derniers n'ont laissé aucune trace de leur passage tant ils étaient inodores et insipides