Israël/Coexistence

Orphaned Land, le groupe de Métal qui pacifie le Moyen-Orient

Vendredi 19 octobre 2018 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°1030

Le leader du groupe, Kobi Farhi, explique l’incroyable succès de son groupe plébiscité par les aficionados du monde arabe.

 

Un album placé sous le signe de la « caverne » de Platon, utilisant des extraits d’Aldous Huxley, et dont le son intègre le saz (une guitare turque) ou le bouzouki. Autant d’ingrédients improbables pour les fans de heavy métal… Mais avec son sixième opus, intitulé « Unsung Prophets and Dead Messiahs », qui comporte aussi un solo de l’ancien guitariste de Genesis, Steve Hackett, le groupe israélien « Orphaned Land » cultive sa différence.

Depuis ses débuts, il y a 27 ans, le pionnier du métal oriental, qui prévoit cet hiver de se produire à trois reprises en Turquie, n’a jamais cessé de briser les codes. Avec un éclectisme musical et des messages politiques autour de la paix et de la réconciliation des trois religions monothéistes, totalement étrangers au genre. Cette double singularité explique aussi le succès mondial de l’ensemble.

« Lorsque le groupe est né, les gens ne connaissaient que la musique métal venue de Scandinavie, du Royaume-Uni et des Etats-Unis », confie le leader et cofondateur du groupe, Kobi Farhi. « On a combiné le heavy métal et des éléments moyen-orientaux. On a élargi cette scène du métal au judaïsme et à l’islam, avec des instruments comme l’oud ou la darbouka. Enfin, on a amené un message de contestation original, ancré dans cette région, en partant du constat que la musique peut rapprocher des peuples ennemis ».

Le groupe de Kobi Farhi, quadra originaire de Jaffa, peut se flatter de disposer d’une forte cote de popularité dans les pays arabes. « On ne peut pas vraiment se produire dans le monde arabe. Pas même dans les Etats avec lesquels Israël a signé des accords de paix comme l’Egypte ou la Jordanie, où les autorités considèrent les concerts de métal comme satanistes », souligne-t-il. « Le seul pays musulman dans lequel on joue est la Turquie, mais de nombreux fans arabes se retrouvent dans notre musique ».

 « L’art, forme de protestation ultime »

Il y a cinq ans, Orphaned Land a même fait les gros titres en organisant une tournée avec le groupe de métal palestinien Khalas dans six pays européens. Une initiative qui, ajoutée au pacifisme véhiculé par le groupe israélien, n’a pas calmé les ardeurs du mouvement pro-palestinien BDS appelant au boycott des artistes d’Israël… Un zèle dont Kobi Farhi n’a de cesse de dénoncer la stupidité. « Je suis hostile à BDS, car à mes yeux, l’art est la forme de protestation ultime. On n’obtiendra jamais rien avec le boycott », pointe le musicien. « Roger Waters est littéralement obsédé par Israël. Il y a une forme d’antisémitisme à ne s’en prendre qu’à nous. Pourquoi ne pas appeler au boycott des pays arabes qui obligent les femmes violées à épouser leur agresseur, et qui bafouent les droits des homosexuels ? Pourquoi ne pas dire qu’Israël est le lieu le plus sûr pour la communauté LGBT au Moyen-Orient ? »

Dans « Unsung Prophets and Dead Messiahs », un titre semble illustrer le propos à la perfection. Il s’agit de « Like Orpheus », dont le clip met en scène un jeune Juif ultra-orthodoxe, ainsi qu’une jeune Arabe musulmane qui se rendent chacun de leur côté en secret à un concert de métal à Tel-Aviv.

Reste que comparé à « All is One », le précédent album dont la pochette entremêlait les symboles des trois religions monothéistes, le narratif se veut plus universel. « On fait référence à la caverne de Platon, pour évoquer le fait que les gens continuent à fixer des ombres, à se préoccuper de Kim Kardashian ou à regarder des télé-réalités, au lieu de résoudre de vrais problèmes et d’écouter des prophètes modernes comme Huxley ou Orwell. Chaque année, 90.000 enfants sont kidnappés en Inde et personne ne s’en soucie », ajoute Kobi Farhi, par ailleurs admirateur de l’éducateur polonais Janusz Korczak, qui a choisi de mourir en déportation avec ses protégés.

Le leader du groupe n’oublie pas pour autant la géopolitique. « Tant que la paix ne sera pas au rendez-vous, Israël -ce lieu que l’on présente comme une terre sainte ou promise- restera toujours une “Orphaned Landed” », conclut Kobi Farhi qui se targue de n’avoir jamais voté et refuse le clivage gauche-droite. « Je ne vois aucun changement se profiler dans un futur proche. Mais je serais heureux que cela se produise ».  


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/