Au CCLJ

Nadia Geerts "Dis, c'est quoi une religion?"

Mardi 2 octobre 2018 par Véronique Lemberg
Publié dans Regards n°1030

Dans Dis, c’est quoi une religion ? (éd. Renaissance du livre), Nadia Geerts, philosophe et enseignante à la Haute école de Bruxelles, s’attache à déterminer ce qui fait une religion. Sous forme d’un dialogue avec sa fille, Nadia Geerts se livre surtout à une réflexion sur le phénomène religieux. Elle abordera cette problématique au CCLJ le 10 octobre 2018 à 20h.

 
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    Pour définir une religion, faut-il d’abord dire ce qu’elle n’est pas ?

    Mon propos est plutôt de montrer qu’il n’est pas simple de déterminer ce qu’est une religion parce qu’on est d’emblée envahi par des représentations initiales. On pense évidemment aux trois monothéismes, alors qu’il y a beaucoup plus de religions, et que de plus la ligne de démarcation entre une « bonne » religion et une affreuse secte n’est pas toujours très claire. Il s’agit donc de rechercher le genre commun qui regroupe les religions pour voir ensuite ce qui les distingue d’autres phénomènes. 

    Peut-on considérer, selon la boutade célèbre, qu’une religion est une secte qui a réussi ?

    Oui, mais avec une réserve. Pour réussir, une secte ne doit pas seulement augmenter son nombre d’adeptes : elle doit aussi se montrer moins sectaire, en renonçant notamment à une série de pratiques trop rigoureuses et trop rébarbatives pour ceux qui souhaitent la suivre. C’est ce qu’a fait le christianisme. Pour devenir plus universelle, cette religion a atténué ses exigences.

    Dans une société sécularisée et largement laïcisée comme la nôtre, la religion est-elle encore aussi importante que dans une société traditionnelle ?

    Non, car l’immense majorité des gens ne se réfèrent plus à la religion en toute circonstance de leur vie pour savoir ce que le dogme prescrit. Cela n’empêche pas pour autant le religieux de tenter de réinvestir la société dans son ensemble. C’est le cas lorsque les églises exigent que le créationnisme ou le « dessein intelligent » soit enseigné au même titre que la théorie de l’évolution. Tant qu’il s’agit de répondre à des questions d’ordre spirituel, les religions ne posent pas de problème. Or, dans toute religion, il y a deux aspects : la  doxa et la praxis. Lorsqu’un ensemble de pratiques conçues comme individuelles prétendent à devenir collectives, nous sommes face à un problème potentiel.

    Les religions ne prétendent-elles pas toutes à être englobantes ?

    Dans leur version intégriste, elles sont toutes englobantes. Et lorsque les religions admettent la liberté de conscience, ce n’est jamais spontanément. C’est précisément parce qu’elles sont contraintes à le faire que les religions finissent par devenir moins englobantes. Si du point de vue philosophique, il existe une différence fondamentale entre la vérité en soi et la vérité de foi, l’acceptation de cette différence par les religions est le fruit d’un long processus, pour lequel la contribution des philosophes des Lumières fut déterminante. C’est ce qui a permis l’émergence progressive de la « tolérance » et l’acceptation du pluralisme démocratique, toujours menacés par les intégrismes.

    Infos et réservations  02/543.01.01 ou info@cclj.be


     
     

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